Au secours, mon coiffeur me réclame ma carte d'identité électronique !

Un passage chez le coiffeur, c'est toujours un moment agréable. Du temps pour soi à nul autre pareil. Personnellement, je suis une grande fan de mon coiffeur. Il aime à présent à se faire appeler "coiffeur styliste", un souhait que je lui accorde volontiers. Dès que je m'installe dans un des fauteuils du salon, je sens le bien-être m'envahir. "Et que fait-on aujourd'hui ?", me demande-t-il avec un clin d’œil complice. Je réponds sans hésiter : "Une couleur, une coupe et aussi un massage du cuir chevelu, s’il vous plaît". Un rituel bien établi auquel je me livre sans crainte, en toute confiance. Mon coiffeur sait précisément ce que je veux et je sais précisément à quoi m'attendre. En fait, sur le Baromètre de confiance des Coiffeurs, il affiche un 8 sur 10. Pas mal pour un coiffeur styliste, non ?

Du moins, jusqu'à la semaine dernière.  Juste comme je m’apprête à demander un nouveau rendez-vous, ce cornichon fait dérailler notre train-train capillaire. "Donnez-moi un peu votre carte d’identité", m’intime-t-il. En réaction à ma tête surprise, quoique stylée, il ajoute : "En fait, j’ai un nouveau logiciel qui me permet de transférer automatiquement toutes les données de votre carte d’identité sur mon ordinateur". "Ah bon ? On n’arrête décidément pas le progrès !" dis-je en lui tendant complaisamment ma carte d’identité électronique. Avec un petit rire se voulant sardonique, il reprend alors : " Maintenant, je vais enfin savoir si vous n'avez rien à vous reprocher, au niveau du casier je veux dire, et si vous êtes bien mariée avec Y comme vous le prétendez !"

Paaaf! Cette attaque aussi perfide qu'inattendue me fait l’effet d’une véritable gifle ! Envolée, la confiance, et mon coiffeur styliste est aussitôt rétrogradé au rang de simple "coupe-tifs". Sur l’Échelle de confiance des Coiffeurs, il est à présent franchement dans le rouge. À ce moment précis, j’ai soudain terriblement conscience de ma vie privée et je réalise à quel point je veux la protéger contre des coiffeurs à la curiosité malsaine. Sur ces entrefaites, il a saisi ma carte d’identité et l’a insérée dans son lecteur de carte. Le transfert a commencé… Je réagis au quart de tour - en grinçant des dents, j’avoue - et j’essaie de me contrôler lorsque je luis souffle avec un sourire forcé : "Vous ne pouvez sûrement pas obtenir ce genre de données à partir de ma carte d’identité, juste mon nom et mon adresse." "Mais si !" fanfaronne-t-il. "Mais non !" rétorqué-je. "Peur de ce que je vais découvrir ?", claironne-t-il d’un air triomphant. "Si c’était le cas", dis-je froidement "je devrais le signaler à la Commission vie privée qui veille à ce que ce genre de choses ne puissent pas arriver". Se sentant pris en faute, le coiffeur se rétracte immédiatement. "Vous savez, c’était juste une blague", dit-il d’une voix enjôleuse, laissant réapparaître le coiffeur styliste de tout à l’heure. "Hé bien moi, ça ne me fait pas rire !" assèné-je encore avant de quitter le salon sans reprendre rendez-vous.

Tchao !

Miss P@potte